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Ecritures

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Chant d'avant


 Les hommes alors marchaient plus lentement le long des bras de leurs lentes rivières.

Au firmament, les pleurs de leurs anciens s’ébruitaient quand tombait le jour.

C’était le temps où les rumeurs d’un avenir s’élevaient à chaque matin

où les silences se posaient pour dissiper les peurs et les refus.

Les femmes étaient des lavandières puisant de leurs mains une eau pure

pour laver le linge et les meurtrissures qu’imposent au cœur la sueur des jours

et la tristesse de nos désamours.

Un chant s’élevait de la terre du creux de chaque sillon travaillé

et l’odeur de l’herbe mouillée montait jusqu’au sommet des arbres

pour épouser dans la clarté

le vert de la feuille et les larmes du ciel qui se mettait à bruire

en une violente ferveur.

Il y avait des fleurs au jardin qui poussent à n’en plus finir

et les insectes se coltinaient mille brindilles et leurs secrets

jusqu’aux portes des cimetières

où les morts n’ont plus de mots pour dire ce que furent leurs jours.

Des mages prédisaient l’avenir et les hommes parfois les croyaient

C’était le temps des grands espoirs, le temps des fenêtres ouvertes sur les prairies

dont l’horizon fait le tour de la terre,

le temps des yeux qui parlent et des mains qui se nouent pour explorer le crépuscule

et en sortir la pierre enfin

qui brûle même en hiver.

 

 

 

J’étais là quelque part, ne voyant rien, ne sachant rien

une absence pour les humains et pourtant que serait demain

si je n’allais pas advenir.

Une forme, une essence, un voyage à travers l’espace

sur des coursiers invisibles à la crinière qui s’allonge.

J’étais à la lisière du bois qui s’ouvre et ne se ferme pas

J’étais sur le chemin d’un jour

qui me voyait créer mes pas et mes doigts façonner la terre

à en hurler de vouloir et de ne trouver pas

le pourquoi de mon devenir.

J’étais le silence du fer que les chevaliers attentifs cherchent

sur des voies de misère au Moyen-Age du désarroi.

Des croix posées à l’entrée de leurs rêves

à briser pour pouvoir marcher dans le soleil

et pour conter le bel amour à leur aimée.

J’étais l’absurde, l’irréalisé, le non-être, la fontaine épuisée

J’étais la demeure sans toit

le désespoir à l’infini.

Il fallait qu’eût lieu la brisure du verre qui me séparait de toi.

 

 

Les hommes alors marchaient plus lentement

ils avaient élevé des temples et s’accordaient à écouter le bruit que fait une racine

le soir à l’abri du vent.

Ils exploraient les grands canyons et regardaient dans les déserts

les figures que trace la mémoire.

Il n’y avait pas de limite à la curiosité de leur âge

il y avait des cercles d’étoiles bleutées autour de leurs têtes

Une insolence face au rocher qui se dresse et nuit au regard.

Il y avait des plaines blanches épanouies dans leur splendeur où les palmiers verts

délivrent des fruits suaves et des liqueurs amères.

Il y avait la marche sure des vieillards dont les foulards et les pélerines argentées

s’allongent à l’ombre du soir.

C’était le temps où les nouvelles agrandissaient les yeux des femmes

qui portent haut les candélabres de leur innocence voilée.

Le temps d’avant les oppressions et les invivables volontés

le temps exempt de fausses idoles, de brisures et de lâchetés.

 

 

J’allais devant et sans savoir où s’ouvre la porte sur le printemps.

Je cherchais chaque jour sans voir l’éblouissante vérité

de la pierre nue sous mon soulier, de l’abeille toujours occupée.

L’océan dormait au creux de mon lit, nourri d’herbes et d’encens,

de songes vieux et d’eaux vives enfin.

Trois miroirs blancs étaient suspendus dans ma chambre, miroirs éteints

qui faisaient trembler la lumière.

Et des dessins que n’avaient pas créés des mains étaient suspendus à des fils

se balançant comme l’enfant dans un jardin et des nuages couverts de violet

et de mauve me surprenaient et m’appelaient par mon nom, ce nom qu’alors j’avais oublié

car dans ce lieu et cette époque inconnue, tu n’étais pas là pour me le révéler.

 

 

Les temps d’avant avaient-ils donc tant d’importance ?

Que deviennent-ils dans le livre des souvenirs ?

Une lueur, une brindille, un fermoir qui s’use et qui rouille ?

Les voix disaient des lampions et des formes rondes insinuées dans les rêves d’enfant

des armoires pleines et rebondies, la plénitude certifiée.

Sur les champs d’eau bue par les oiseaux de passage oeuvraient les vents de toutes parts assemblés, criant parfois pour être entendus plus tard à l’orée vive des tableaux noirs d’écoliers.

Et la douceur de l’huile de palme sur les mains !

Au grand matin de la maison, maîtresse de toutes les demeures.

Une craie blanche posée sur la table en aubier, qu’elle me serve lorsque je serai née !

 

 

J’ai fait le choix de ne jamais arriver car les chemins qui mènent droit

sont pour les peurs et les visages altérés.

J’étais décidée à te voir mais encore fallait-il te trouver !

Qui étais-tu ? Dans le miroir un cercle rouge ou un carré ?

Une belle histoire à inventer ou un ruisseau où se baigner ?

J’ignorais la voie mais y croire, telle était bien ma destinée.

Je me suis assise sur le sable et j’ai pris de l’eau dans mes mains

que j’ai laissée couler sans la boire

pour aiguiser ma soif de demain.

J’ai attendu pendant des jours, j’ai vu les soirs et les matins

les arbres noirs et le serin me voler des serments d’ivoire.

J’ai vu l’espoir et j’ai rêvé de te donner un jour la main.

 

 

Où étaient donc les anciens ? Les vieux empereurs et les rois, leurs femmes en deuil

ou endormies près des berceaux ?

Des servantes en habits blancs servaient le thé aux dames en noir et sous leur fard fatiguées.

Des enfants jouaient près des mares et des joncs

ils ignoraient la lente mort que procure le revers du temps.

Et les semeurs s’obstinaient à lever les bras – gestes superbes incantatoires –

qu’allaient-ils offrir au sang qui s’échappe des tréfonds de la terre noire ?

Et tout ce bruit de mille entrailles s’ouvrant et souffrant

de trop d’esprit, de trop d’abîme !

C’était le temps où les hommes allaient lentement.

 

 

J’étais parmi les fleurs et les graines enfouies

dans la douceur des couleurs nées de l’avant.

J’étais une heure avant mon heure questionnant le soleil levant.

Les hanches pleines et la bouche charnue

j’étais l’épure sans que se meuve la main.

Duchesse sans hoir, j’effeuillais la rose des vents.

Où étais-tu toi mon miroir, mon aventure, ma plainte,

mes serments,

mon prince noir, mon ouverture sur l’extrême

et sur la grandeur du monde ?

Toute une histoire à vivre au-dedans, je portais haut mon chapeau blanc

et mes parures de dame d’antan.

J’étais, plût-il aux gandeurs des monts,

l’inaccessible à moi-même, l’inextinguible suspendue à tes lèvres

et l’assoiffée perdue au milieu du temps.

 

 

Les longs chemins sont longs pour l’homme

qui va lentement.

Il fut un soir où l’homme trébucha et pleura.

Il était au bord d’un herbage où paissaient des moutons tondus,

on eût dit des chiens sauvages, l’homme ne les regarda pas.

Et il y avait tout près une mare, verte d’eau et profonde,

où dorment des poissons au corps d’airain et aussi une grande maison

avec du linge aux fenêtres, du linge propre, du linge blanc, du linge

annonçant des époques fécondes à naître dans des lits de palmes.

Et les chants d’espoir des marins,

on les percevait à travers les nuages comme de nobles héritages.

Et il y eut un orage écrasant de sa force les tempes de l’homme abasourdi

par tant de remue-ménage.

Les feuilles tombaient et formaient des montagnes où grimpaient des convois

de fourmis affairées. Marche royale et sans souci du labeur qui se multiplie.

 

 

Toute la nuit j’ai attendu

que la pluie cesse pour écouter l’armée de mes songes glisser

sur les rails des voies éthérées.

Comme une immense mélopée, surgie du fond de la lumière éteinte,

ce furent des visages sans feintes qui m’apparurent déformés.

Vieilles édentées à la joue flasque, au cheveu plus dur que le crin,

elles avançaient en rangs serrés.

Qu’allaient devenir demain et mes rêves de vie enfin ?

Elles portaient des robes de bure et des ciboires étincelants

dans le vif rayon matinal. Un long serpent sur un canal quelque part

au bout de l’oubli.

Il fallait que coule l’eau vive du ruisseau de mon devenir.

Il fallait que face au troupeau de ces affreuses créatures se dressent les colonnes

de neige qui purifie l’air et le temps.

Pour que naisse la fleur de lis au flanc royal du matin

et que secouant les boucles d’or du destin

tu me cherches et tu me devines

assise et rejoignant tes mains.

 

 

 

Au bord de la mer annoncée, des voiliers, cales éclatées, se taisent

ils ont oublié le langage des fonds marins, le luxe des nuits épousées

par les hommes désespérés,

la grâce de la vague brûlante sur la coque du supplicié,

vagabond des heures dispensées au hasard des nuits et des vents.

Sur le gris des eaux délétères se repaît la corne de brume

des transes nocturnes et abyssales aux corps perdus dans l’océan.

A travers les gouttes d’eau qui dégoulinent du hublot

se dessinent nos deux visages, mirages de nos destinées,

qui furent tirées du néant.

 

 

Et se poursuit l’œuvre du temps

par-delà nos pleurs

J’entends les serments qui s’en vont

d’espérance face aux manquements

J’ai le regard sur la montagne

où le bon grain et la beauté

épuisent le chardon et l’ivraie.

Il faut que tremblent les sommets

que brise l’éclat de l’Oural.

Que brûle la cire à l’Orient

qui sert de masque à l’épousée.

Que boivent mes lèvres à la ferveur

du puy de Jouvence où la cendre

disparaît sans laisser d’empreinte.

Une reine en pays de Chine

ressemble à ma mère lointaine.

Elle est cavalière et soumise

à l’empire de mes volontés.

Je ne veux pas être veuve

de tes silences, ni de tes mains.

Maquille-moi et coiffe-moi

juste au bord de notre étreinte.

Ô ma mère, aidez-moi

à rester près de mon aimé !

Qu’il soit mes douceurs et mes plaintes,

qu’il me porte au-delà de moi !

Qu’il m’ouvre la porte du sanctuaire

où gisent mes rêves endormis 

et le possible de fuir l’helminthe

fût-ce jusqu’au puits de l’oubli !

 

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L'arbre en espalier ( Extrait )

 

Une marche dure claque

sous les lourds sabots de bois

C’est un coup de matraque

sur le sommet des toits

Une boule qui tombe

sur le disque du monde

C’est une paire de claques

sur la face des rois

Un grand silence qui plonge

les regards dans l’ombre

C’est le rire du soir

sur la mer féconde

La valse des hommes en noir

dans leur palais désert

C’est un cri qui éclabousse

les falaises droites

L’homme prisonnier du doute

l’enfant près de sa mère

C’est la feuille dans la rivière

elle s’en va jusqu’à la mer

C’est la fuite du temps vers

là-bas qui désespère

Eternellement c’est

C’est le rêve de l’univers.

 

 

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 Est-ce le poids de l’ombre qui fait l’arbre pencher ?

 Est-ce l’heure plombée de servantes secondes

 Qui donne cette pâleur à tes joues mon aimé ?


 Une lampe s’allume derrière la croisée

 Et comme feux croisés y répondent sans fard

 les rayons de la lune.


 Le rideau est tombé.


 Est-ce la dent du monde soudain mal arrachée

 Qui fait pleuvoir les bombes sur les jeunes mariées

 Et me donne mal au ventre ?


 La porte est refermée.


 Tu lis dans le silence et le fil se déroule

 D’une histoire trop lente et déjà oubliée

Et c’est dans ma maison que s’endorment les ombres.


L’arbre est déraciné.              

 

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J'ai vu le soleil plonger

le soir doucement sur la mer

quelques jours avant que ne vienne l'hiver.

Un gris pâle et métallique

de douceur pris plus que de heurts

effaçant le contour des choses, 

les flaques sur le sable, les pierres, 

tout prenait couleur de la mer.

Le bruit de l'eau en une bruine de silence.

Sous les nuages chargés de mauve

planaient indolemment les oiseaux.

Et la marche de deux silhouettes

- calme et sûre venant vers moi -

m'apportait cette certitude:

la sérénité s'offre à qui se repose

face à la mer et au gris métal

que pose un soir d'été finissant 

sur les choses.

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